Charte du jumelage

Charte du jumelage
entre l’Église qui est à Lyon (France)
et l’Église maronite qui est à Antélias (Liban)

7 mai 2004

Préambule

Les liens entre la France et le Liban sont séculaires. Ils datent de Saint Louis et des Croisades. En effet, ce sont les Rois de France qui avaient la charge, à la demande du Pape de Rome, de protéger les chrétiens du Liban.
Au XIVème siècle les soyeux lyonnais se rendaient au Liban pour acheter les cocons de vers à soie. Durant leurs séjours, ils ont réussi à consolider ces liens par le fil de l’amitié et de la fraternité.
C’est surtout grâce à la Compagnie de Jésus, Province de Lyon et Scolasticat de Fourvière, chargée de la Mission d’Orient, que ces relations s’intensifièrent et se traduisirent par la création à Beyrouth de l’Université Saint Joseph, qui a été rattachée à l’Université de Lyon, de l’Hôtel-Dieu et de plusieurs institutions religieuses pédagogiques. La Communauté libanaise à Lyon a augmenté en nombre du fait de tous ces étudiants envoyés par l’Université Saint Joseph pour se spécialiser à Lyon dans les différentes disciplines universitaires.
A partir de 1975 avec l’éclatement de la guerre au Liban, le nombre des Libanais à Lyon a quadruplé ; cela a poussé le Cardinal Alexandre Renard à leur venir en aide et à demander au Patriarche maronite d’envoyer un prêtre ; le Cardinal Antoine Koreiche détacha un aumônier qui fut accueilli par le diocèse de Lyon et qui fonda la paroisse Notre-Dame du Liban à Lyon.
Voyant le danger qui menaçait l’existence du Liban dans son essence même à cause de la guerre, le Pape Jean-Paul Il a demandé par plusieurs appels incessants à l’Eglise entière de se mobiliser pour défendre ce pays qui, à ses yeux, de par sa constitution, est « un message à l’humanité entière » ; en effet, musulmans et chrétiens ont réussi à conjuguer cette volonté de vivre ensemble qu’il faut sauvegarder à tout prix, modèle pour notre monde contemporain.
Suite aux appels du Saint Père et de l’Eglise, le Cardinal Albert Decourtray, président de la Conférence épiscopale en France, s’est rendu au Liban en 1985. Il a découvert sur place les souffrances qu’endurait la population et les dangers qui guettaient ce pays. De retour à Lyon, il a coordonné toutes les actions en France pour venir en aide au pays des Cèdres: appels à la prière, conférences de presse, célébrations, acheminement des aides matérielles, interventions auprès des autorités officielles, etc.
Ce bref séjour se traduisit au niveau diocésain par l’implantation de la communauté religieuse des Antonins à Chaponost et par la création du Jumelage avec le Diocèse d’Antélias.
Pourquoi le choix d’Antélias ? A cause de la présence au sein de la communauté libanaise à Lyon d’un nombre important d’étudiants issus du diocèse d’Antélias, dont deux d’entre eux étaient des séminaristes poursuivant leurs études de théologie aux Facultés Catholiques, Samir Nassar et Michel Naffah ; ayant beaucoup d’amitié pour le Cardinal Decourtray, ils ont réussi à le con- vaincre de porter son choix sur Antélias. De son côté, Monseigneur Youssef Béchara, Archevêque d’Antélias, trouva l’idée très intéressante puisqu’elle s’inscrivait dans la tradition de l’Eglise.
L’Eglise qui est à Lyon, fondée par Pothin et Irénée, illustrée par les Saints (Blandine, Antoine Chevrier, Claudine Thévenet), les Conciles, les Missionnaires (Pauline Jaricot), par des pionniers de l’œcuménisme (Paul Couturier) et du dialogue inter-religieux (Jules Monchanin), sera jumelée avec l’Eglise maronite d’Antélias, terre visitée par le Christ (Tyr et Sidon), terre de Sainteté (Maroun, Ephrem, Rebecca, Charbel et Hardini qui sera canonisé le 16 mai 2004), terre de dialogue islamo-chrétien, terre de convivialité et d’œcuménisme (dix-huit confessions religieuses constituent le Liban d’aujourd’hui).
Des échanges de délégations ont marqué les premiers pas du Jumelage. Une première délégation lyonnaise présidée par Mgr. Abel Cornillon partira au Liban en 1990. Elle aboutira au Jumelage de la Paroisse Saint Joseph des Brotteaux (Lyon) et de la Paroisse Saint Joseph Haret Sader (Antélias), puis au Jumelage de l’Institution des Chartreux (Croix-Rousse) avec l’Institution Saint Georges (Zalka).
L’Archevêque d’Antélias viendra à Lyon pour la première fois en mai 1992, accompagné d’une délégation et il participera à la clôture du Synode de l’Eglise de Lyon en 1993.
Puis, ensuite, se sont mis en place des comités diocésains de jumelage dont le premier objectif est de faire communiquer les services diocésains entre eux, le second est de favoriser et d’orienter les jumelages particuliers, de paroisse à paroisse, de collège-lycée à collège-lycée, et aussi entre différents mouvements.
Jusqu’à aujourd’hui, les années de jumelage n’ont pas été « maigres ». Des liens d’amitié se sont noués par des visites et des voyages réciproques, une connaissance plus approfondie des uns et des autres s’est établie, une chaîne de prière a été lancée, surtout les premiers dimanches du mois, des réalisations concrètes d’entraide ont été initiées selon les besoins et les possibilités, des mariages mixtes ont eu lieu comme conséquence de l’ouverture à l’autre.
Ce jumelage continue de se développer. Il demande à se déployer davantage. Il se prolonge et prend aussi corps dans plusieurs jumelages particuliers.
Puisque la tradition lyonnaise des soyeux comptait jadis avec le Liban, nous avons aujourd’hui à tisser une étoffe précieuse qui s’appelle communion entre Eglises.
Dès sa nomination à la tête de l’Archidiocèse de Lyon, le Cardinal Philippe Barbarin s’est rendu au Liban du 4 au 7 février 2003. Durant un court séjour de trois jours, il s’est rendu compte des réalités ecclésiales de l’Eglise d’Antélias et pour donner plus d’ampleur au Jumelage, il décida, avec Monseigneur Béchara, la rédaction d’une Charte pour définir l’esprit et les grandes orientations du jumelage.

Esprit et Orientations du Jumelage

Parler de jumelage suppose que l’on définisse avec précision ce que ce mot signifie. Le Petit Larousse donne cette définition du verbe « jumeler » : « associer par des liens, des échanges ».
Ainsi, nous voilà sur la bonne longueur d’onde pour donner plus d’ampleur et élargir cette définition en la déclinant autour de quatre mots qui sont comme les axes fondateurs du jumelage, aussi bien entre nos diocèses qu’entre tous les partenaires de ce jumelage : Ouverture, Rencontre, Partage, Prière.

1. Ouverture

Pour risquer un jumelage, la rencontre des autres, nous devons accepter de sortir de nous-mêmes, de nos habitudes et traditions. Il convient d’entrée de jeu d’en percevoir le sens et l’enjeu pour notre vie en Eglise. En effet, la dynamique de tout jumelage se fonde dans une volonté active de vivre, chacun pour sa part, la communion avec un autre diocèse, pour vivre et expérimenter la dimension catholique qui caractérise et agrandit, élargit tout ce qui se vit en Eglise : paroisses, institutions, mouvements et services.
« Tous les fidèles, dispersés à travers le monde, sont, dans l’Esprit Saint, en communion avec les autres, et, de la sorte, celui qui réside à Rome sait que ceux des Indes sont pour lui un membre » (Lumen Gentium 13)
Parce que notre jumelage est d’abord inter-diocésain, il implique que tout jumelage particulier (paroisse, école, …) s’ouvre non seulement à son homologue jumelé mais aussi à la vie des deux diocèses.
Sans volonté de s’ouvrir à l’autre, les trois axes suivants perdent de leur vigueur. Notre conviction est que ces constantes s’appliquent aussi bien au niveau diocésain que pour toutes les actions de jumelage qui existent ou prendront forme.

2. Rencontre

L’acte premier, le passage à l’acte de tout jumelage se joue dans la rencontre qui va permettre de nous connaître, de nous « apprivoiser », comme disait le Petit Prince de Saint-Exupéry.
Sans doute faut-il du temps…, tout le temps de la rencontre pour que ce mot « jumelage » prenne visage et ne reste pas dans le flou et le lointain.
Lorsque des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants se rencontrent, quelque chose commence à naître entre eux, qui va, chemin faisant, leur donner le goût de « faire route ensemble »…, d’aller plus loin…, de « créer des liens ».
Tout jumelage commence, démarre quand les personnes se sont rencontrées d’où l’importance des visites réciproques.
‘Je me rendrai chez vous (à Corinthe) après avoir traversé la Macédoine… Peut-être resterai-je quelque temps auprès de vous, ou même tout l’hiver ?… Je ne veux pas, cette fois-ci, ne vous voir qu’en passant. J’espère bien demeurer quelque temps chez vous, si le Seigneur le permet » (1 Co. 16, 5-7).
C’est alors rencontrer l’autre différent, le regarder en face sans a priori mais tel qu’il est et non pas tel que je l’imagine ; voilà qui donne un visage à une histoire commune qui va pouvoir se construire au-delà des différences et aussi grâce à elles ; ces différences ne sont plus un obstacle mais un tremplin pour construire ensemble.
Prendre le temps de se rencontrer et de se découvrit, cela demande du temps, celui du « Partage ».

3. Partage

En effet, la rencontre n’a de sens que si elle permet de partager ce qui nous fait vivre chacun avec nos richesses culturelles, sociales, économiques, religieuses et spirituelles, avec nos habitudes, nos coutumes, nos rites…, nos désirs tout autant que nos besoins…, et aussi nos attentes.
Lorsque la rencontre devient partage, quelque chose de nouveau paraît : c’est comme un levain dans la pâte. Ce n’est plus un vis-à-vis ou un face à face, c’est « un avec », une communion qui s’exprime par le partage vrai, direct, franc et transparent, et lui donne sens.
Le partage va jusqu’à révéler en plénitude, le visage de chaque personne telle qu’elle est.
Quelle merveille et en même temps quel mystère toujours et sans cesse à découvrir !
« Entre les diverses parties de l’Eglise existent des liens de communion intime quant aux richesses spirituelles, quant au partage des ouvriers apostoliques et des ressources matérielles. Les membres du peuple de Dieu sont appelés, en effet, à partager leurs biens » (Lumen Gentium 13).
Aussi est-il bon de nous rappeler que le jumelage n’est jamais une histoire achevée, mais sans cesse en devenir avec chacun de ceux que nous aurons à découvrir ou à redécouvrir. Parce que « tout homme est une histoire sacrée, que tout homme est à l’image de Dieu, nos rencontres de jumelage qui s’enracinent avec plus de justesse et de précision dans le partage, loin de s’épuiser ou de tourner en rond, devraient toujours avoir un parfum d’avenir et de « devenir ensemble ».
« Ouvrez vos maisons les uns aux autres sans murmurer. Comme de bons administrateurs du don multiple de l’Amour de Dieu, mettez-vous chacun au service de tous, selon le don reçu » (1 P. 4,9 et 10)
Il convient de distinguer clairement partage et aide. Il n’y a pas de jumelage sans le partage, tel que décrit ci-dessus, et le partage peut aller jusqu’à l’entraide. Cependant, ce ne peut être le but principal d’un jumelage à long terme. En la matière, la véritable attention, la véritable ouverture à l’autre, c’est d’avoir une charité inventive et elle n’est pas que matérielle.

4. Prière

De ce « devenir ensemble », la prière est la sève vitale.
Comment faire route ensemble, dans la rencontre et le partage de ce que nous sommes, de ce qui nous fait vivre, sans nouer ces étapes dans la prière, axe central, axe vital et fécond de tout jumelage qui ne se construit pas seulement de main d’hommes mais doit aussi laisser place à la main de Dieu, comme l’Artisan de ce que nous voulons construire et inventer ensemble, entre nous et avec Lui ?
Un jumelage trouve son souffle, son élan, son dynamisme si, au-delà de nos projets humains, de nos désirs et de nos attentes légitimes, au sein de nos communautés, nous sommes capables d’enraciner tout ce vécu commun dans la prière autour du Dieu de l’Alliance, source et sommet de toutes nos alliances terrestres. Alliance et Jumelage, la signification est la même.
Vivre un jumelage n’est autre que vivre en Alliance avec des frères.
Dans le « faire route ensemble » qui nous lie et nous relie, et dans le partage qui unit nos cœurs dans une sorte d’intimité, chacun devient pour l’autre un être de communion dans la foi, un frère, une sœur. Cela dépasse la simple proximité humaine.
Ainsi la prière est bien la clé de voûte d’un jumelage où déjà ouverture, rencontre et partage se donnent la main.
En signe de cette communion dans la prière, il est bon de continuer à promouvoir l’usage de la prière réciproque que, dans toutes les communautés chrétiennes jumelées de nos deux diocèses, une fois par mois, les communautés prient les unes pour les autres.

Une Visée Constante

Pour donner de l’élan à notre jumelage aux multiples facettes, gardons présente à toutes nos actions cette conviction : vivons le jumelage pour devenir davantage frères universels à l’appel de l’Evangile, pour faire grandir la communion dans la diversité de nos traditions ecclésiales et donner au monde le témoignage de l’amour de notre Dieu, passionné de la vie des hommes au point de tout leur donner en son Fils et par son Esprit-Saint.

Signée le vendredi 7 mai 2004 en la Primatiale Saint Jean Baptiste de Lyon.
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